Dans un contexte où la résilience climatique apparaît comme une condition essentielle du développement économique, les réponses engagées par le Sénégal montrent qu’il est possible de transformer cette contrainte en opportunité. En combinant adaptation climatique, diversification productive, modernisation des chaînes de valeur et intégration dans les marchés durables, le Sénégal peut renforcer sa résilience tout en consolidant sa position dans l’économie mondiale de demain.
Cet article fait partie d'une série de Synergies consacrée aux Priorités et l'Afrique en matière de commerce et de développement durable. Les opinions exprimées sont celles de l'auteur (ou des auteurs) et ne reflètent pas nécessairement celles de TESS, de ses organisations partenaires ou de ses bailleurs de fonds.
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Le Sénégal figure parmi les pays dont la contribution historique aux émissions mondiales de gaz à effet de serre demeure marginale. Pourtant, il en subit déjà fortement de graves conséquences. Depuis les années 1950, les températures moyennes ont augmenté de près de 2°C tandis que les précipitations annuelles ont diminué d’environ 250 mm, favorisant l’extension progressive des zones arides du nord vers le sud du pays. Selon l’indice monial d’adaptation de Notre Dame (ND-GAIN), le Sénégal se classe au 35e rang des pays les plus vulnérables au monde.
Cette vulnérabilité constitue aujourd’hui un enjeu majeur de développement économique. Les secteurs de l’agriculture, de la pêche et du tourisme, qui jouent un rôle essentiel dans l’emploi, les exportations, la sécurité alimentaire et la lutte contre la pauvreté, sont directement exposés aux effets du changement climatique. Le profil d’exportation du Sénégal démontre également une tendance qui fait place à des secteurs a haut impact sur l’environnement. Dans le même temps, l’évolution du commerce international et la montée des exigences environnementales imposent de nouveaux critères de compétitivité. Pour le Sénégal, la résilience climatique n’est donc plus seulement une question environnementale : elle devient un impératif économique, commercial et social.
Les défis
Une agriculture confrontée à une pression climatique croissante
L’agriculture représente entre 10 et 16 % du PIB sénégalais et fait vivre près de 60 % de la population active. Pourtant, ce secteur est confronté à des défis de plus en plus importants liés aux changements climatiques.
La baisse et l’irrégularité des précipitations fragilisent les périmètres irrigués et accentuent les risques de pénurie d’eau dans plusieurs zones agricoles stratégiques, notamment les Niayes et la Vallée du fleuve Sénégal. Les projections indiquent que les rendements des principales céréales vivrières pourraient diminuer de 20 à 50 % d’ici 2050.
Cette situation entraîne une instabilité croissante des volumes commercialisables et complique la contractualisation avec les acheteurs. Elle réduit également la capacité des filières agricoles sénégalaises à répondre de manière régulière aux exigences des marchés régionaux et internationaux. À ces difficultés s’ajoutent les nouvelles exigences sanitaires, phytosanitaires et de traçabilité qui conditionnent de plus en plus l’accès aux marchés d’exportation.
Une pêche menacée par la dégradation des écosystèmes marins
La pêche constitue un pilier fondamental de l’économie sénégalaise. Elle contribue à hauteur de 3,2 % du PIB, fournit près de 70 % des besoins en protéines animales du pays et génère environ 600 000 emplois directs et indirects.
Toutefois, le réchauffement des eaux de surface au sud du courant des Canaries provoque des modifications importantes dans la répartition des ressources halieutiques. Certaines espèces emblématiques, comme la sardinelle ronde, migrent progressivement vers le nord, réduisant les captures accessibles aux pêcheurs sénégalais.
Cette évolution fragilise l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis le débarquement jusqu’à la transformation et l’exportation. Les coûts d’exploitation augmentent tandis que la taille, la qualité et la régularité des captures diminuent. Ces difficultés compromettent la capacité des exportateurs sénégalais à garantir des volumes stables et une qualité constante, deux conditions essentielles pour maintenir leur présence sur les marchés internationaux.
Par ailleurs, les exigences croissantes en matière de certification, de traçabilité et de durabilité représentent un défi supplémentaire. Les dispositifs de certification environnementale, souvent conçus pour des systèmes de pêche industrialisés, restent coûteux et difficiles à mettre en œuvre pour les pêcheries artisanales sénégalaises, caractérisées par leur diversité d’espèces et de techniques de capture.
Un tourisme exposé aux risques côtiers
Le tourisme représente entre 7 et 9 % du PIB national et constitue l’une des principales sources de devises du pays. Cependant, ce secteur dépend fortement de la qualité des écosystèmes côtiers, aujourd’hui menacés par l’érosion du littoral et la multiplication des événements climatiques extrêmes.
Les dommages liés à l’érosion côtière ont déjà atteint plusieurs centaines de millions de dollars et affectent directement les infrastructures touristiques situées en bord de mer. La dégradation des plages et des écosystèmes réduit l’attractivité de certaines destinations et accroît les coûts d’entretien des installations.
Dans le même temps, les touristes internationaux et les investisseurs accordent une importance croissante aux critères environnementaux. Les normes de durabilité et les systèmes de certification deviennent progressivement des facteurs déterminants de compétitivité pour les destinations touristiques.
Une compétitivité climatique de plus en plus déterminante
Au-delà des impacts sectoriels, le Sénégal doit également s’adapter à l’évolution rapide des règles du commerce international. Les nouvelles réglementations environnementales, notamment celles mises en œuvre par l’Union européenne, renforcent les exigences de traçabilité, de conformité et de durabilité.
Cette évolution intervient dans un contexte particulier marqué par la perspective de la sortie du Sénégal de la catégorie des Pays les Moins Avancés (PMA) à l’horizon 2029. Cette transition pourrait entraîner une réduction de certains avantages commerciaux préférentiels et accroître la pression concurrentielle sur les exportations sénégalaises.
Les réponses à la résilience
Face à ces défis, le Sénégal développe progressivement une approche qui combine adaptation climatique, transformation économique et compétitivité commerciale.
La vision Sénégal 2050 place au cœur de sa stratégie le développement de quatre moteurs de croissance : les industries extractives, l’agroalimentaire, les activités manufacturières et les services à forte valeur ajoutée. Dans cette perspective, la diversification économique apparaît comme un levier essentiel de résilience.
Dans le secteur agricole, les efforts portent sur le développement de l’agriculture climato-intelligente. Cela comprend la diffusion de semences plus résistantes à la sécheresse, l’adoption de systèmes d’irrigation solaire, l’amélioration de la gestion post-récolte ainsi que le renforcement des infrastructures de stockage et de transformation locale. Ces investissements permettent à la fois d’accroître la productivité et de réduire la vulnérabilité aux aléas climatiques.
Dans la pêche, le renforcement des systèmes de suivi scientifique, l’amélioration de la gestion des ressources halieutiques et le développement progressif de dispositifs de traçabilité constituent des priorités. L’objectif est de préserver les ressources tout en facilitant l’accès aux marchés qui exigent des garanties croissantes en matière de durabilité.
Pour le tourisme, les réponses reposent sur la protection du littoral, la promotion de l’écotourisme et du tourisme communautaire ainsi que l’intégration progressive de critères environnementaux dans les politiques sectorielles. Les projets de protection côtière déjà réalisés démontrent qu’il est possible de réduire les risques tout en préservant l’attractivité touristique.
Plus largement, plusieurs réformes visent à utiliser le commerce comme un levier d’adaptation climatique. Cela passe par la réduction des obstacles à l’importation de technologies vertes, la facilitation des transferts de technologies, le renforcement des capacités de certification et la mutualisation des coûts de conformité pour les petites et moyennes entreprises.
Des initiatives concrètes illustrent déjà cette dynamique. Le projet mené par l’Alliance mondiale pour la facilitation des échanges commerciaux, destiné à simplifier l’importation de semences et de plants résilients, constitue un exemple prometteur de la manière dont les politiques commerciales peuvent soutenir l’adaptation climatique.
D’autres initiatives sectorielles, encore à petite échelle, telles l’utilisation des engrais organiques, restent à encourager et développer à grande échelle pour régénérer les sols déjà appauvris par des années d’utilisation intensive des engrais chimiques. Pour cela, le Sénégal possède un atout considérable, les phosphates (au moins des possibilités d’exploitation continue estimée à au moins deux siècles). Certains pays de la région commencent déjà à les utiliser pour les transformer en granulés à des buts d’engrais organiques.
Par ailleurs, la finance verte, encore très peu utilisée comme instrument de résilience climatique, commence à bénéficier de l’intérêt de certaines banques locales. La mise en place de passerelles de collaboration entre les dispositifs internationaux qui offrent des possibilités de crédit intéressantes et les banques locales est nécessaire afin de prendre en charge les besoins énormes en termes de prise en charge des risques liés aux activités économiques liées à la résilience climatique.
Conclusion
Le changement climatique constitue désormais l’un des principaux défis de développement du Sénégal. Ses effets sur l’agriculture, la pêche et le tourisme menacent directement la sécurité alimentaire, l’emploi et les performances à l’exportation. Dans un contexte où les exigences environnementales deviennent un élément central de la compétitivité internationale, la résilience climatique apparaît comme une condition essentielle du développement économique.
Les réponses engagées montrent toutefois qu’il est possible de transformer cette contrainte en opportunité. En combinant adaptation climatique, diversification productive, modernisation des chaînes de valeur et intégration dans les marchés durables, le Sénégal peut renforcer sa résilience tout en consolidant sa position dans l’économie mondiale de demain.
* Cet article est adapté d’une présentation à la Semaine du commerce et de l’environnement 2026 de l’OMC.
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Ahmed Tidiane DIA est Directeur du Commerce extérieur, Ministère de l’Industrie et du Commerce, Sénégal.
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